Ein Gipfelpunkt der Streichquartettlitteratur

Ein Gipfelpunkt der Streichquartettlitteratur

critique du concert des Découvertes musicales au Locle, 4 mai 2019

Un summum du répertoire pour quatuor à cordes

Le dernier concert de la saison « Découvertes musicales 2018/19 » a eu lieu le 4 mai au Temple du Locle. Cette série de concert, créée il y a quelques années par le pianiste et organiste Simon Peguiron et le violoncelliste Yoël Cantori, est devenue l’un des rendez-vous de musique de chambre des plus prestigieux et apprécié par le public.

Pour ce concert de clôture, les organisateurs ont voulu laisser la place au quatuor Terpsycordes basé à Genève.
Le quatuor Terpsycordes, nom choisi en raison de la muse Terpsichore et des « cordes », s’est donné un chalenge fort difficile : en effet, le quatuor à cordes de Beethoven op 131 en do dièse mineur est une œuvre composée de sept mouvements qui s’enchainent et qui, techniquement et par le biais d’un niveau de contrastes émotionnels sans précédent, se compte parmi les compositions les plus exigeantes écrites pour cette formation. Comme les autres quatuors de Beethoven, pendant longtemps, cette pièce n’a pas été comprise.
Une personne, cependant, a immédiatement reconnu sa valeur : c’est Franz Schubert. Sur son lit de mort, il a demandé à l’entendre – ce fut la dernière œuvre musicale qu’il a entendue.

Il est difficile de croire que les musiciens de l’ensemble Terpsycordes aient joué cette pièce pour la première fois devant un public, et ce avec une nouvelle altiste. Tout a été parfaitement réfléchi et interprété. Girolamo Bottiglieri et Raya Raytscheva (violons), Marion Stinne (alto) et François Grin (violoncelle) jouent sur des cordes en boyau et ils forment un quatuor riche de contrastes. Le deuxième violon devient le pivot de l’ensemble : par sa sonorité sombre qui se rapproche de l’alto et d’autre part à cause du dialogue prononcé avec le premier violon.

Une ligne claire a été choisie et systématiquement mise en œuvre : ici, on n’a pas célébré l'agitation, mais la sérénité d'une œuvre tardive qui était en l'avant-plan, soutenue par des tempi plutôt vifs – la fugue d’ouverture ! – et l’accent mis sur les éléments dansants dans les mouvement 5 et 7. Une mélancolie intense, voire même une tristesse, n'apparait que dans le poignante et bref sixième mouvement, qui s'appuie sur la vénérable mélodie juive de « Kol nidre ». Une légère pression permanente et répétitive, augmentait la tension, qui est généralement difficile à obtenir dans cette pièce. Une excellente performance ! Comme bis, nous avons entendu la Cavatina du quatuor op 130, en si bémol majeur de Beethoven. L’interprétation par Girolamo Bottiglieri du passage « beklemmt = opprimé » était magnifique : je l’ai entendu bouleversante à ce point uniquement dans les interprétations d’Adolf Busch.

Au début, nous avons entendu un quatuor du maître Joseph Haydn, sans lequel les dernières œuvres de Beethoven n’auraient probablement pas été écrites. Son quatuor en sol majeur, op 76 n° 1 est loin des « Quatuors Divertimenti » avec le rôle soliste du premier violon. Haydn va émanciper ici les quatre instruments : ils sont indépendants et sont utilisés comme des solistes.
A nouveau le Quatuor Terpsycordes fut brillant : particulièrement charmante était leur joie de jouer dans le menuet et le trio.
Il sera intéressant de savoir ce que la série « Découvertes musicales » prévoit pour la saison prochaine.

Le quatuor Terpsycordes a enregistré de nombreux CDs : Voici trois enregistrements remarquables : Beethoven : quatuor op 132 en la-mineur (composé malgré son numéro d’opus avant le quatuor en do dièse mineur). Ce quatuor est aussi inhabituel : le premier des cinq mouvements est bizarrement décousu, le mouvement central « Heiliger Dankgesang eines Genesenden an die Gottheit in der lydischen Tonart » explore toutes les possibilités sonores et d’harmonie d’un quatuor à cordes, et la finale avec son récitatif d’opéra est entrainante et demande au violoncelliste d’énormes performances, car il interprète la mélodie dans des parties très aigues.

Le CD (Ambronay/Harmonia Mundi AMY037) présente une interprétation exemplaire : le « Quartettsatz » D 703 et le quatuor en sol majeur D 887. Ce dernier quatuor de F. Schubert, a été composé en même temps que les derniers quatuors de Beethoven. Cette œuvre dépasse également les frontières des œuvres qui ont été écrites dans ce genre, et cette composition est peut-être encore plus « folle » que les pièces de Beethoven, mais en même temps très différente.

Cette œuvre est aussi difficile pour les interprètes que pour le public. Le Quatuor Terpsycordes souligne ici surtout les contrastes énormes dans les atmosphères et les harmonies, mais spécialement dans les nuances qui peuvent se développer en peu de temps d’un pianissimo vers des explosions fortissimo.
Particulièrement beau est aussi un CD sorti en 2006 comprenant les quatuors op 33 Nr 1, 2 et 5 de Haydn: à cette époque, Caroline Haas était au pupitre de l'alto.

François Lilienfeld dans : Zeitschrift zu Kultur & Kunst - Juni /Juli 2019
(Traduction : Allemand >Français: Bettina SADOUX , www.bs-artist.com)