Le Mont Musical défriche les talents

Le Mont Musical défriche les talents

critique du concert au Mont Musical (VD)

Critique de Matthieu Chenal 15.01.2017, 24 Heures

Le petit festival du Mont-sur-Lausanne révèle un merveilleux clarinettiste, Damien Bachmann.

En dehors des dates et des circuits habituels, Le Mont Musical cultive son jardin vocal et instrumental au Mont-sur-Lausanne durant un week-end de janvier. La manifestation intimiste et presque familiale voulue par Christian Chamorel s’est terminée hier. Elle a trouvé un public fidèle et suffisamment courageux pour affronter la neige et braver les bourrasques, comme vendredi pour le concert d’ouverture. L’aula du collège du Mottier ne brille pas par une acoustique particulièrement flatteuse, ce qui a pu nuire en début de soirée à la voix un peu métallique et au vibrato très serré de Lorène Paternò. La jeune soprano a fait heureusement preuve d’une diction exemplaire dans quelques mélodies françaises parfumées. Elle est l’une des lauréates de la Fondation Colette Mosetti, qui distribue des bourses d’études à des élèves des classes de chant des Hautes Ecoles de musique, et Le Mont Musical offre un tremplin généreux à ces jeunes pousses chantantes.

Plus essentiel, le Quatuor Terpsycordes s’est produit d’abord en version trio avec Christian Chamorel au piano pour le Quatuor K. 478 de Mozart – rudesse ombrageuse de l’ouverture, tendresse maternelle de l’andante, prodigalité enjouée du final – puis en version complète et superbement enrichie par la clarinette de Damien Bachmann dans le Quintette K. 581 du même Mozart.

Une liberté prodigieuse
Le virtuose genevois né en 1991 avait sollicité les Terpsycordes il y a quelques années pour débuter dans ce fameux Quintette. Il atteint désormais une grâce, une aisance et une liberté prodigieuses, aidé par l’assurance tout en souplesse et en délicatesse de ses confrères.
Damien Bachmann joue le mouvement lent, et on dirait qu’il respire au lieu d’expirer, comme si ce chant n’était qu’inspiration, élévation, plénitude grisante mais sans artifice, sans facilité trompeuse. Il y a paradoxalement dans son phrasé si doux, à la limite même du souffle, une force de conviction qui emporte les esprits les plus engourdis. Reviennent alors en mémoire ces mots qu’Albert Camus écrivait sur Mozart en 1956: «Quand le monde fléchit autour de soi, quand les structures d’une civilisation vacillent, il est bon de revenir sur ce qui, dans l’Histoire, ne fléchit pas, mais au contraire redresse le courage, rassemble les séparés, pacifie sans meurtrir.» (24 heures)

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