Wanderer sans fard

Wanderer sans fard

Critique de Gérard Pangon, le 23 octobre 2015 (Musikzen)

Wanderer sans fard
Le Quatuor Terpsycordes mène Schubert vers le XXème siècle

Quartettsatz D 703 – Quatuor n°15 D 887

Faut-il tirer Schubert du côté classique parce qu’il en utilise les formes ou bien du côté romantique parce qu’il exprime les sentiments à la première personne ? Ni l’un ni l’autre, répond le Quatuor Terpsycordes qui joue brillamment d'un extraordinaire paradoxe : exhaler le caractère résolument moderne de cette musique tout en utilisant des instruments d’époque. Pas question alors de laisser Schubert le Wanderer zigzaguer dans le brouillard : les Terpsycordes savent très bien où il vont. Comme dans leur enregistrement de La Jeune fille et la mort, paru en 2008, ils s’affranchissent de tout sentimentalisme refusent le moindre épanchement, le plus petit effet de manche, le coup d’archet à vous fendre le cœur, et donc tout vibrato. D’aucuns pourraient penser que cette façon d’aborder Schubert tend vers la sécheresse. Elle en donne au contraire une vision tout autre, nimbée d'une autre forme d'émotion, plus âpre, sans diminuer la tension permanente entre l’angoisse et la sérénité. Mais la première s’exprime par des cris et des grincements plus que par des plaintes langoureuses, et la seconde par des attaques et des choix rythmiques plus que par de simples tutti d’accalmie. La prise de son favorise, d’ailleurs, le dialogue entre les instruments et les solos avec accompagnement. Et lorsque Schubert parsème sa partition de réviviscences d’airs populaires, l’allant des Terpsycordes fait merveille.

Gérard Pangon

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